Qu'est-ce que le Risorgimento et quelle est son importance aujourd'hui ?
Voulu, salué, craint, sanctifié, voire dévalorisé dans cet après-guerre qui condamnait à juste titre le patriotisme, le Risorgimento italien reste un phénomène historique puissant, original et brillant. Un peu plus d'un siècle et demi après cette 1848 bruyante et confuse, prologue maladroit à la mythique nouvelle Europe des nations, et qui commença précisément à Palerme, ce nouvel ordre post-napoléonien sembla surgir et "ressusciter" toute l'Europe, mais surtout l'Italie. Une opération réussie et ingénieuse, bien que non élaborée par la base, fut rapidement absorbée et acceptée par une grande partie des citoyens, grâce à des motivations ataviques de rédemption sociale, habilement colorées par des politiciens de génie en une aspiration à la libération de l'étranger. La véritable unité, dira-t-on plus tard, entre les sujets de la bonne administration des Habsbourg, les Romains, papalisés depuis des siècles, et les Piémontais, les seuls à avoir une dynastie presque autochtone, ne se réalisera qu'après la Première Guerre mondiale, où, dans les tranchées, nous avons tous vécu et sommes morts ensemble.
C'est le fascisme, qui a tenté de s'insinuer dans l'amour généralisé de la patrie avec des illusions impériales, qui a rendu prudent pendant des décennies l'emploi du mot "patrie", qui n'a été rendu que récemment, dépouillé de toute rhétorique, aux nouvelles générations, dans sa logique de communauté partagée, grâce aussi aux luttes de résistance populaire contre la guerre menée par le fascisme. Aujourd'hui, les écoliers, mais aussi les familles et les citoyens ordinaires, semblent se réapproprier cet extraordinaire récit "de chez nous". Garibaldi, Cavour, Mazzini, le bon roi Victor, chacun pour sa part, ont encore des histoires à nous raconter, Dieu merci.
Pourquoi l'objet exposé est-il représentatif du Risorgimento aujourd'hui ? Quel est son pouvoir d'évocation et de témoignage aujourd'hui ?
De Palerme, une vitrine contenant des pantoufles insolites et colorées offertes à Garibaldi - vraisemblablement lors de sa dernière visite en 1882 - sur lesquelles sont brodées les armoiries des provinces italiennes, a voyagé jusqu'à Turin. La légende veut qu'elles aient été utilisées par le Général, ce que semble confirmer l'état d'usure dans lequel elles se trouvaient avant d'être parfaitement restaurées par des centres spécialisés, à l'occasion de la réouverture du Musée de Palerme, pour le 150e anniversaire de l'Unification, en présence du Président de la République Napolitano.
Et de même que, dans les différents musées du Risorgimento, l'accent est mis sur les personnages, les événements et les mythes des territoires, en Sicile, cet objet simple, populaire et intime raconte l'affection que les gens du sud portaient à leur général, que l'on imagine volontiers fatigué des combats incessants avec son poncho, sa papalina, ses bâtons de marche pour grimper dans les prairies, sa papalina, ses bâtons de marche pour grimper dans les prairies, tout comme ils ont protégé et conservé ses effets personnels, les photos (une, très rare, d'Anita) ainsi que le cigare que le roi aurait allumé et qui aurait été ramassé par quelqu'un, ou cette enveloppe scellée contenant des mèches de ses cheveux. Toute une série de petites histoires et d'objets qui se rapportent au thème des reliques d'une nouvelle religion séculière, flanquant ou remplaçant celles des saints collectées à la fin du XIXe siècle, comme le raconte Tomasi di Lampedusa. Et de même que les nouveaux théâtres, panthéons et autels de la patrie ont été placés à côté des théâtres chrétiens, à la grande indignation des milieux cléricaux, de même le culte des reliques du Héros, y compris les béquilles et les épées de l'Aspromonte, représente ce conflit entre le monde anticlérical et la Religion des Pères. Un débat dépassé, certes, qui laisse aux reliques, même les plus drôles et les plus privées, la tâche d'accompagner la narration d'une des (peu nombreuses) pages originales et généreuses de l'histoire que ce curieux pays a su inventer.
Salvatore Savoia, Secrétaire général de la Société sicilienne d'histoire nationale - Musée du Risorgimento, Palerme